Due diligence financière et comptable

Due diligence financière et comptable

Méthodes de valorisation, retraitements du résultat, calcul de la dette nette et du besoin en fonds de roulement normatif, mécanismes d'ajustement de prix : ce qui déplace réellement le montant d'une transaction.

Entre la valeur d'entreprise annoncée dans une plaquette et le montant réellement viré au vendeur, il existe une série d'ajustements dont chacun se compte en points de prix. La due diligence financière sert précisément à les identifier et à les chiffrer. Cette rubrique explique comment ces calculs sont construits, pourquoi deux méthodes appliquées à la même société donnent des résultats différents, et où se logent les erreurs qui coûtent le plus cher.

La valorisation donne un ordre de grandeur, pas un prix

C'est le point le plus mal compris des dirigeants qui vendent pour la première fois. La valorisation évalue la valeur marchande de la société à un instant donné et sert de base à la négociation. Elle ne fixe pas le prix de cession. Service Public Entreprendre le formule sans détour : le calcul permet d'obtenir une estimation à un instant T, il est recommandé de la renouveler, et il faut combiner plusieurs méthodes pour approcher le réel. La fiche officielle sur la manière de valoriser son entreprise avant la transmission rappelle aussi que la valorisation donne des ordres de grandeur qui guideront les négociations, jamais un chiffre opposable.

Le prix final dépend ensuite du nombre de candidats, de l'urgence du vendeur, de la structure de financement du repreneur et de la répartition du risque entre garanties, séquestre et complément de prix. Une bonne valorisation ne supprime pas la négociation : elle en fixe le terrain.

Trois familles de méthodes, trois lectures différentes

L'approche patrimoniale reconstitue la valeur des actifs diminuée des dettes. Elle convient aux sociétés dont la valeur tient à ce qu'elles possèdent, immobilier, matériel, stocks. Elle sous-estime en revanche systématiquement les sociétés de services, dont l'essentiel de la valeur est immatériel.

L'approche par les flux actualise les résultats futurs. Elle est la plus rigoureuse conceptuellement et la plus manipulable en pratique, puisqu'une variation d'un point du taux d'actualisation ou de la croissance terminale déplace la valeur de plusieurs dizaines de points. Elle n'a de sens que si le plan d'affaires repose sur des hypothèses vérifiables.

L'approche par les comparables applique un multiple observé sur des transactions similaires à un agrégat de la cible, le plus souvent l'excédent brut d'exploitation. Elle est rapide et parlante, mais elle transporte les biais de l'échantillon : taille, secteur, géographie et date des opérations retenues. L'agrégat lui-même mérite d'être défini avec soin, l'excédent brut d'exploitation étant un solde comptable normalisé et non un résultat de gestion arrangé.

Les retraitements précèdent toute discussion de multiple

Appliquer un multiple à un résultat non retraité revient à multiplier une erreur. Avant toute négociation, le résultat doit être ramené à ce qu'il serait sous une gestion normale : rémunération du dirigeant portée au niveau du marché, loyers versés à une société liée ramenés au prix de marché, charges personnelles retirées, produits exceptionnels neutralisés, subventions non récurrentes écartées, provisions insuffisantes reconstituées.

Le sens de ces retraitements n'est pas neutre. Un dirigeant qui se rémunère peu gonfle mécaniquement le résultat affiché, donc la valeur calculée par les comparables. Un dirigeant qui se rémunère largement fait l'inverse. Les deux situations sont fréquentes, et aucune des deux n'est frauduleuse : elles reflètent simplement des arbitrages fiscaux et patrimoniaux qui n'ont plus lieu d'être après la cession.

De la valeur d'entreprise au prix des titres

Le passage de la valeur d'entreprise au prix payé pour les titres se fait par deux corrections. La dette nette d'abord, qui retranche les emprunts, les comptes courants d'associés, les engagements de crédit-bail et les dettes assimilées, et ajoute la trésorerie réellement disponible. La difficulté n'est pas le calcul, elle est la frontière : une dette fournisseur anormalement étirée est un financement déguisé, une trésorerie affectée à un dépôt de garantie n'est pas disponible.

Le besoin en fonds de roulement ensuite. La cible sera livrée avec un certain niveau de stocks, de créances clients et de dettes fournisseurs. Si ce niveau est inférieur au niveau normal d'exploitation, le repreneur devra financer la différence dès les premières semaines, en plus du prix. D'où la notion de besoin en fonds de roulement normatif, calculé sur plusieurs exercices pour neutraliser la saisonnalité et les fins d'année optimisées. C'est un poste que les vendeurs découvrent souvent au moment où il se retourne contre eux.

Quand le prix ne peut pas être fixé le jour de la signature

Lorsque la valeur dépend d'un événement futur, gain d'un appel d'offres, renouvellement d'un contrat majeur, atteinte d'un niveau d'activité, les parties recourent à un complément de prix. Le mécanisme réconcilie des visions opposées, mais il déplace le conflit après la cession si l'indicateur retenu est ambigu. Le protocole d'accord peut également suspendre la vente à la réalisation de conditions précises, avec une date limite, ce qui laisse le temps de lever une incertitude sans figer un prix faux. Les fiches officielles consacrées au protocole d'accord de reprise détaillent les mentions à y faire figurer et la nécessité d'assortir chaque condition d'une date limite de réalisation.

Où se logent les erreurs les plus coûteuses

Trois erreurs reviennent assez souvent pour mériter d'être nommées. La première consiste à appliquer un multiple sectoriel entendu en conversation à un résultat non retraité. Le chiffre obtenu paraît sérieux parce qu'il vient d'une formule, et il se révèle indéfendable dès qu'un auditeur demande le détail du calcul.

La deuxième consiste à raisonner en valeur d'entreprise jusqu'au bout, puis à découvrir au closing que le montant viré est sensiblement inférieur. Le vendeur qui n'a pas modélisé le passage à la valeur des titres, comptes courants et engagements de crédit-bail compris, subit cette découverte au pire moment.

La troisième consiste à négliger le calendrier de disponibilité du prix. Selon la nature de l'opération, une partie du montant peut rester consignée plusieurs mois, le temps que les créanciers puissent faire valoir leurs droits et que la période de solidarité fiscale s'achève. Un cédant qui avait prévu de réinvestir immédiatement se retrouve avec une trésorerie indisponible.

Ce que l'audit financier vérifie concrètement

Le travail se déroule en trois passes. La première établit la fiabilité des chiffres : rapprochement des liasses avec les balances, contrôle des principaux comptes, examen du traitement des produits constatés d'avance et des travaux en cours.

La deuxième reconstitue la performance récurrente : décomposition du chiffre d'affaires par client, par contrat et par nature, mesure de la concentration, identification des affaires exceptionnelles, examen de la marge par activité lorsque la société en exerce plusieurs.

La troisième porte sur la structure financière : endettement réel, engagements hors bilan, cautions données, échéanciers, et sensibilité de la trésorerie à une variation d'activité. Les dispositifs publics d' accompagnement à la transmission proposent des prédiagnostics qui donnent une première lecture de cette structure avant d'engager une mission complète.

Ce que cette rubrique documente

Les articles de cette rubrique reprennent chacun de ces mécanismes en détail : le choix entre les trois familles de méthodes, la construction de la dette nette, le calcul d'un besoin en fonds de roulement normatif défendable, la liste des retraitements à opérer et la rédaction d'une clause de complément de prix qui ne finit pas devant un juge.

Poursuivre avec les guides de la rubrique

Les articles ci-dessous détaillent chacun des points abordés dans cette page, avec les documents à demander, les délais applicables et la traduction contractuelle de chaque réserve.

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