Checklist de due diligence : les sept blocs à vérifier avant d'acheter

Checklist de due diligence : les sept blocs à vérifier avant d'acheter

Une due diligence utile ne se juge pas au nombre de documents collectés mais à la capacité de dire, bloc par bloc, ce qui a été vérifié et ce qui ne l'a pas été. Voici la structure de contrôle qui tient dans une opération de PME.

Une due diligence utile ne se juge pas au nombre de documents collectés, mais à la capacité de dire, bloc par bloc, ce qui a été vérifié, ce qui ne l'a pas été et pourquoi. La plupart des listes de contrôle disponibles en ligne échouent sur ce point : elles alignent des centaines de pièces sans hiérarchie, ce qui produit une data room pleine et un rapport vide. La structure ci-dessous fonctionne sur une opération de petite ou moyenne entreprise, avec un budget contraint et un calendrier de quelques semaines.

Bloc un : l'existence et la propriété de ce qui est vendu

Avant de vérifier la performance, vérifiez que le vendeur possède ce qu'il vend. Cela signifie remonter la chaîne de détention des titres jusqu'aux statuts et aux actes de cession antérieurs, contrôler le registre des mouvements de titres, identifier les nantissements, les promesses consenties à des tiers et les clauses d'agrément. Sur un fonds de commerce, la même logique s'applique au droit au bail, aux autorisations d'exploitation et aux licences.

Ce bloc est celui qui bloque le plus d'opérations tardivement, parce qu'il paraît évident. Un pacte d'associés oublié contenant un droit de préemption, une part sociale acquise sans l'accord du conjoint commun en biens, un nantissement jamais radié suffisent à interrompre un calendrier verrouillé par ailleurs.

Bloc deux : la formation du résultat

L'objectif n'est pas de refaire les comptes, mais de comprendre d'où vient le résultat et s'il se reproduira. Trois questions suffisent à orienter le travail. Quelle part du chiffre d'affaires est récurrente et contractualisée ? Quelle est la concentration client, mesurée par la part des cinq premiers clients ? Le résultat de l'exercice contient-il des éléments qui ne se reproduiront pas, indemnité, subvention, produit de cession, reprise de provision ?

À ce stade, on demande les grands livres et les balances, pas seulement les liasses. Une liasse fiscale montre un résultat, une balance montre comment il a été construit. La différence de coût entre les deux demandes est nulle pour le vendeur, et déterminante pour l'acheteur.

Bloc trois : la trésorerie et le financement

Un compte de résultat flatteur cohabite très bien avec une trésorerie tendue. Il faut donc regarder séparément l'endettement financier, les comptes courants d'associés et leur date de remboursement prévue, les engagements de crédit-bail, les découverts autorisés et leur utilisation moyenne, ainsi que le niveau normal de besoin en fonds de roulement. Un vendeur peut parfaitement livrer une société propre en apparence après avoir retardé ses paiements fournisseurs et accéléré ses encaissements clients pendant deux mois.

Bloc quatre : le social

Ce bloc n'est pas un audit de conformité générale, c'est une recherche d'engagements non provisionnés. Il porte sur les contrats de travail des personnes clés, la convention collective réellement appliquée, les heures supplémentaires non déclarées, les litiges prud'homaux en cours ou récemment transigés, les accords d'entreprise, les engagements de retraite et l'existence d'un comité social et économique. La régularité des déclarations sociales se contrôle par une pièce simple à obtenir : l' attestation de vigilance délivrée par l'Urssaf , que le cédant peut demander en ligne et qui atteste qu'il est à jour de ses obligations déclaratives et de paiement.

Bloc cinq : le fiscal

Le passif fiscal a la double particularité d'être invisible dans les comptes et d'être solidairement supporté par l'acquéreur dans plusieurs configurations. On vérifie donc les contrôles subis et leurs suites, les positions prises sur la taxe sur la valeur ajoutée, l'application des régimes de faveur, la cohérence entre les déclarations et la comptabilité, ainsi que l'existence de crédits d'impôt dont l'éligibilité pourrait être remise en cause. Un redressement notifié après la cession se règle par la garantie d'actif et de passif, donc par une procédure, donc par du temps.

Bloc six : les données et les systèmes

Ce bloc était accessoire il y a dix ans, il ne l'est plus. Il porte sur la propriété du code lorsque l'activité repose sur un logiciel, sur les licences réellement acquises, sur les dépendances techniques à un prestataire unique, et sur la conformité du traitement des données personnelles. Le premier document à demander est le registre des activités de traitement, dont l'autorité de contrôle rappelle qu'il doit recenser l'ensemble des traitements et être tenu à jour par l'organisme lui-même. Le modèle publié par la CNIL donne la structure attendue. Une société qui ne peut pas produire ce registre ne sait pas ce qu'elle détient, ce qui rend impossible d'évaluer la valeur de sa base clients.

Bloc sept : les actifs immatériels et les registres publics

Le dernier bloc se traite en grande partie sans le vendeur, ce qui en fait un excellent test de cohérence. Les informations légales de la société, ses dirigeants, ses établissements et ses dépôts de comptes sont consultables sur le registre national des entreprises . Les marques, brevets et dessins se vérifient sur les bases du même institut. Les noms de domaine se contrôlent auprès des registres compétents. À chaque fois, l'écart entre ce que le vendeur déclare posséder et ce que les registres publics attestent est un point de négociation immédiat.

Ce que la liste ne remplace pas

Une liste de contrôle organise le travail, elle ne le fait pas. Le point qui distingue une due diligence sérieuse d'une collecte de pièces reste le suivi des questions et réponses : chaque demande numérotée, chaque réponse datée, chaque non-réponse consignée. C'est ce journal, et non le volume de la data room, qui servira de preuve si un désaccord survient après la signature, et qui déterminera si une réserve doit se traduire par une baisse de prix, une garantie spécifique ou une condition suspensive. La fiche officielle sur l' audit de l'entreprise à reprendre rappelle d'ailleurs que le rapport final doit énoncer les points forts, les réserves et les solutions envisageables, ce qui suppose que les réserves aient été tracées au fil de l'eau.

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