Garantie d'actif et de passif : les clauses à négocier avant de signer

Garantie d'actif et de passif : les clauses à négocier avant de signer

Cinq paramètres décident de la valeur réelle d'une garantie d'actif et de passif : sa date de départ, sa durée, le mode de calcul, le plancher et le plafond. Une garantie mal calibrée protège rarement celui qui croyait l'être.

Lorsqu'une acquisition porte sur des titres et non sur un fonds de commerce, l'acheteur reprend l'intégralité du patrimoine de la société : l'actif, mais aussi le passif, y compris celui qu'il n'a pas vu. La garantie d'actif et de passif est l'instrument qui répartit ce risque. Sa valeur ne tient pas à son existence, elle tient à cinq paramètres qui se négocient un par un.

Ce que la garantie couvre exactement

Par cette clause, le cédant garantit que l'ensemble des informations fournies sont fiables : activité, comptes, contrats, situation sociale, litiges. Elle protège contre deux situations : la découverte d'un passif d'origine antérieure à la cession et non déclaré, et la surestimation d'un actif par rapport à ce qui avait été convenu. Si l'une de ces hypothèses se confirme après la reprise, l'acquéreur peut actionner la garantie pour obtenir une indemnisation.

La fiche officielle sur le montage juridique de la reprise d'entreprise énumère les mentions attendues : date de départ de la garantie, durée de la clause, calcul de l'indemnisation, montant plancher à partir duquel elle peut être activée, montant plafond de l'indemnisation, modalités de mise en œuvre. Ces six éléments constituent la structure minimale ; leur calibrage constitue la négociation.

La date de départ : le critère d'antériorité

La garantie ne couvre que ce qui trouve son origine avant la cession. Encore faut-il s'accorder sur ce que signifie l'origine. Un redressement fiscal notifié après la signature mais portant sur un exercice antérieur est manifestement couvert. Un litige commercial né d'un contrat signé avant mais exécuté après l'est moins clairement.

La rédaction usuelle retient le fait générateur plutôt que la date de révélation, et fixe une date de référence qui correspond en général à celle des comptes servant de base à la négociation. Préciser que la garantie couvre les faits générateurs antérieurs à cette date, quelle que soit la date à laquelle ils sont révélés, évite l'essentiel des discussions ultérieures.

La durée : entre trois et cinq ans, avec des exceptions

La durée usuelle se situe entre trois et cinq ans. Ce n'est pas un chiffre arbitraire : il correspond approximativement à l'horizon pendant lequel les principaux passifs latents se révèlent.

Deux aménagements sont fréquents. Une durée allongée pour les matières dont les délais de reprise administrative sont plus longs, en particulier le fiscal et le social. Une durée raccourcie pour les matières dont le risque se manifeste rapidement, notamment les stocks et les créances clients.

Attention à une confusion fréquente : la durée de la garantie n'est pas le délai pour agir une fois le fait révélé. Ce second délai, souvent de quelques semaines à compter de la connaissance du fait, se rédige séparément, et son non-respect fait perdre le bénéfice de la garantie même si le fait est survenu dans la période couverte.

Le plancher et le plafond : le calibrage économique

Le plancher, ou seuil de déclenchement, évite que la garantie ne soit actionnée pour des montants sans portée. Deux variantes existent, et elles ne produisent pas le même effet. Dans la première, une fois le seuil atteint, l'indemnisation porte sur la totalité du préjudice. Dans la seconde, elle ne porte que sur la fraction dépassant le seuil, qui joue alors comme une franchise. L'écart entre les deux se chiffre.

Le plafond limite l'engagement du cédant. Il s'exprime généralement en pourcentage du prix et se dégrade parfois dans le temps. Un plafond très bas vide la garantie de son sens ; un plafond égal au prix est rarement accepté par un vendeur informé.

La contre-garantie : le point que l'on oublie

Une garantie ne vaut que la solvabilité de celui qui l'a signée, plusieurs années après avoir encaissé le prix et parfois quitté le pays. C'est pourquoi la clause s'accompagne, dans les opérations sérieuses, d'un mécanisme de sûreté : garantie bancaire à première demande, séquestre d'une fraction du prix, ou compensation avec un complément de prix restant dû.

Le séquestre est le mécanisme le plus courant sur les opérations de taille moyenne. Il consiste à consigner une partie du prix entre les mains d'un tiers, avocat ou notaire, pour une durée déterminée. Ce mécanisme est d'ailleurs déjà imposé par la loi dans d'autres configurations : lors d'une cession de fonds de commerce, le prix est bloqué temporairement entre les mains d'un séquestre juridique, notamment pour permettre aux créanciers de faire opposition et pour couvrir la période durant laquelle l'acquéreur est solidairement responsable du paiement de certains impôts dus par le vendeur. Les textes qui encadrent la cession de fonds de commerce fixent précisément la durée de cette indisponibilité et son articulation avec la période de solidarité fiscale.

Les modalités de mise en œuvre

Cette partie de la clause, souvent rédigée à la hâte, décide de son efficacité pratique. Elle doit prévoir la forme de la notification, son délai, les pièces justificatives à produire, la faculté pour le cédant de reprendre la direction d'un contentieux qu'il devra financer, l'interdiction de transiger sans son accord, et le sort des indemnités d'assurance ou des dégrèvements obtenus par ailleurs.

Ce dernier point évite une double indemnisation, et son absence est l'un des motifs les plus fréquents de refus de paiement par un cédant de bonne foi.

Lorsque le désaccord porte sur un chiffrage plutôt que sur un principe, la désignation d'un tiers technique indépendant règle la question plus vite qu'un juge. Les professionnels du chiffre habitués à ces missions relèvent d'un cadre déontologique décrit par la compagnie nationale des commissaires aux comptes , ce qui donne à leur intervention une portée que les parties peuvent difficilement contester ensuite.

Ce que la garantie ne remplace pas

Une garantie ne compense pas un audit insuffisant. Elle transforme un risque en créance, et une créance en procédure. Entre le moment où un passif se révèle et celui où l'indemnisation est encaissée, il s'écoule souvent plusieurs mois, parfois plusieurs années, et le repreneur supporte l'exposition pendant tout ce temps.

C'est la raison pour laquelle les réserves les plus lourdes d'un audit ne se traitent pas par la garantie mais par le prix ou par une condition suspensive. Une garantie sert à couvrir l'inconnu résiduel, pas à financer les insuffisances du travail préalable.

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